28.2.05

Go Clint !

Doublé meilleur film/meilleur réalisateur pour Clint Eastwood et son "Million Dollar Baby" aux Oscars. Cela tombe bien c'était mon favori - en l'absence de nominations pour mes films préférés de l'année, "Eternal Sunshine of a Spotless Mind" et "Collateral". Gageons que la droite chrétienne qui avait dénoncé le film va hurler au scandale et au déclin des valeurs morales. Je ne peux, hélas, en dire davantage sans dévoiler la fin du film, et je m'en voudrais de la raconter sachant que les spectateurs français n'ont pas encore eu la chance de le découvrir. Il n'y a bien sûr rien qui soit de nature à choquer un spectateur un tant soit peu intelligent (disons, un QI supérieur à 50) et ouvert (quelqu'un qui ne prend pas l'intégralité de la Bible au pied de la lettre). Mais la droite fondamentaliste américaine, qui voit de travers toute interrogation humaniste, va encore râler contre Hollywood. Ce qui est un de ses sports favoris.
Dans le même registre oeillères-hypocrisie-je-ne-vois-pas-plus-loin-que-la-parole-de-mon-télévangéliste, il convient, comme chaque semaine, de lire la "column" de Frank Rich, le brillant chroniqueur politico-culturel du New York Times, qui nous raconte comment les hommes politiques les plus à cheval sur les valeurs morales n'ont aucun scrupule à se faire financer par des câblo-opérateurs diffusant des films porno. Ou comment Fox News hurle au déclin des valeurs religieuses pendant de Fox (le network) diffuse tout ce qui fait de l'audience, c’est-à-dire sexe, violence et controverse. Rupert Murdoch pourrait reprendre à son compte la maxime de Ronald Reagan: "ma main droite ne sait pas ce que fait ma main gauche".

P.S. 28.2.05 @1:49 pm
Les Oscars sont depuis une dizaine d'années précédés par les Razzies, une récompense allant aux plus mauvais acteurs et films de l'année (on compte Madonna, Jean-Claude Van Damme et autres au palmarès). Bien entendu, les vainqueurs ne viennent jamais chercher leur trophées. Sauf... Halle Berry qui, faisant preuve d'une grande classe et d'un grand sens de l'humour, est venue cette année recevoir son "Razzie" pour sa performance dans Catwoman. Parodiant son discours de 2002 lorsqu'elle avait reçu un Oscar (un vrai !) elle a remercié tout le monde et surtout Warner Brothers pour l'avoir "fait jouer dans cette m....". Elle a égalament traîné son agent sur scène en lui disant : "La prochaine fois, tu liras le scénario avant..." Bref, Halle Berry a montré qu'on pouvait être une star hollywoodienne et avoir une bonne dose d'auto-ironie. Précisons pour nos affaires franco-américaines que le metteur en scène de Catwoman n'est autre que le Français Pitof, ex-soi disant petit génie des effets spéciaux devenu réalisateur. J'ai depuis des années - en fait depuis un article que j'ai publié dans les Cahiers du Cinéma en 1997) - la conviction que trop de metteurs en scène ont fait des effets spéciaux digitaux l'objet de leurs films et non un outil. Cela a commencé avec Jurassic Park et continue aujourd'hui dans 75% de la production d'action et de science-fiction hollywoodienne. Et Pitof n'a pas compris ce que son ancien employeur, Jean-Pierre Jeunet, a (en partie) assimilé : les effets digitaux ne sont pas un subsitut à une histoire, des personnages et une vision personnelle.

25.2.05

What were they thinking ?

Toutes proportions gardées, l’affaire Gaymard en France me fait penser à ce qui s’est passé cette semaine aux Etats-Unis avec les « conversations secrètes » de Bush. Non pas sur le fonds, mais sur la forme. Explications.
weadp
Doug Wead, un Chrétien évangélique proche de la famille Bush depuis des années a eu entre 1998 et 2000 de longues conversations téléphoniques avec l’actuel président qui se préparait à se présenter à la Maison Blanche. Et il a enregistré ces discussions. Pas très délicat, d’autant que Bush n’en savait rien. Mais pendant des années il n’a rien dit. Puis voilà que Doug Wead sort ces jours-ci un nouveau livre sur « l’éducation des Présidents ». Pour se faire de la pub, il appelle le New York Times et propose de faire écouter des extraits des enregistrements. Le journal, ravi de l’aubaine, se précipite, écoute, authentifie et balance le « scoop » en Une dimanche dernier. Pas de révélations fracassantes, mais quelques infos sur la consommation de marijuana de Bush, celle (probable) de cocaïne et le fait qu’il ne voulait pas s’attaquer aux homosexuels, car lui-même a été « un pécheur ». Le New York Times est très clair qu’il a été sollicité par Wead sans rien demander et celui-ci justifie ces enregistrements au prétexte que « c’était important pour l’Histoire ».
Évidemment, la Maison Blanche n’a pas apprécié d’apprendre que Bush avait été enregistré à son insu par quelqu’un qu’il considérait à l’époque comme un ami – et on le comprend. Dans la foulée, l’ensemble du « commentariat » (les « pundits ») est tombé sur le râble de Wead sur le thème : ce type est une ordure et en plus il fait cela pour assurer la promotion de son livre et gagner du fric ! Pas faux. Du coup, Wead fait machine arrière toute. Il a fait son mea culpa, a assuré qu’il ne croyait pas, contrairement à ce qu’il avait dit « que l’Histoire est plus importante que l’amitié », et a promis que les bénéfices de son livre seraient versés à une organisation caritative. Beau retournement de veste d’un parfait hypocrite.
Le point commun que j’y vois avec Hervé Gaymard c’est : « mais qu’est-ce qui trotte dans la tête de ces types-là ? » « What were they thinking ?!? » Comment font-ils pour 1) ne pas réaliser qu’ils commettent une bourde, 2) s’enfermer dans des démentis et des fausses explications qui sonnent creux ? Sans oublier ce parallèle : ces deux personnages proclament à tout bout de champ leur amour de Dieu et leur attachement aux valeurs religieuses. Je n’ai jamais été au catéchisme, mais il me semble que leur compréhension des valeurs chrétiennes n’est pas des plus authentiques… (pour parler par euphémisme).Ils me font penser à un gamin qui monte sur un tabouret pour piquer un pot de confiture dans le placard, glisse, et s’écrase sur le sol en fracassant le pot en verre et qui, lorsque ses parents arrivent gémit: « Ce n’est pas moi, je n’ai rien fait, ce n’est pas de ma faute ! » Bizarre que Gaymard, avec huit enfants (Wead, je ne sais pas), n’aie rien appris d’eux…

24.2.05

Pourquoi vouloir réduire la fracture transatlantique ?

Voilà, j’ai été grillé !
Alors que je bricolais tranquillement dans mon coin cette nouvelle version de mon blogue en me demandant « Should I Stay or Should I Go ? », et que je n’en avais pas encore fait la publicité, mes petits camarades Guillemette et Pascal m’ont débusqué et m’ont donc contraint à replonger dans le bain. Pas moyen de bloguer en silence...

Ce matin, dans le Washington Post, un article intéressant qui développe l’idée que je défends depuis quelque temps : une autonomisation progressive des Etats-Unis et de l’Europe. Pour résumer : depuis la chute du Mur de Berlin, les Américains se recentrent sur eux-mêmes – ils n’ont plus à se préoccuper de défendre l’Europe contre la menace soviétique - et les Européens sur la construction européenne.
Durant l’ère Clinton et Bush-père, cet éloignement avait été masqué grâce à un discours très internationaliste des deux Présidents américains. Avec « W », qui est fier de son provincialisme et de l’« America First », ce sont les intérêts américains qui priment. Condi Rice avait défendu cela dès 2000 dans un article un peu oublié de Foreign Affairs. Quant aux Néo-conservateurs, ils sont de farouches défenseurs des intérêts des Etats-Unis (et d’Israël). La conquête de l’Irak ou la réorganisation du Proche-Orient servent le but de mettre l’Amérique à l’abri des terroristes et des régimes dangereux.
Quant aux Européens, il est évident que leurs préoccupations sont davantage centrées sur comment faire fonctionner la machine européenne à 25 ?, comment s’intégrer sans se désintégrer ?, etc. plutôt que de continuer à chercher l’appui et l’appoint des Etats-Unis. Même la Grande Bretagne semble parfois plus intéressée par ce qui se trame à Bruxelles qu’à Washington.
S’il y a une fracture transatlantique, elle est là et elle est se produit naturellement. Pas encore tout à fait assumée (on a vu les grands discours sur l’amitié et le lien transatlantique lors du passage de Bush), mais sans que personne n’ait tout à fait envie de vouloir vraiment la réduire.

19.2.05

Quand Bush parle intelligemment

Interview de Bush ce matin dans Le Figaro, en prélude à son voyage en Europe.
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai trouvé un entretien avec l'hôte de la Maison Blanche intéressant, et j'ai eu l'le sentiment que Bush dévidait autre chose que des platitudes et des phrases toutes faites. On peut même déceler l'esquisse d'une pensée internationale cohérente, tournant autour des valeurs communes entre l'Europe et les Etats-Unis de liberté, de droits de l'Homme et de prospérité.
Evidemment, comme d'habitude, Bush fuit les sujets qui fâche et ne cherche pas à expliquer pourquoi il soutient Poutine, par exemple, qui mène une politique à l'opposé de celle prônée par Washington. Il se contente, assez lâchement, de dire : "(Poutine) a pris quelques décisions à propos desquelles je suis impatient de l'entendre, de façon très privée, et de connaître ses raisons. En fait, ma définition du travail de dirigeant, c'est prendre des décisions. Et j'en prends beaucoup. Donc c'est une occasion intéressante de parler à un autre décisionnaire sur la logique de ses décisions." Bush parle comme si Poutine avait trouvé un moyen subtil de réformer l'assurance -santé en évitant la banqueroute qu'il voudrait se voir expliquer...
De manière générale avec les Etats-Unis, ce qui irrite, c'est l'absence de cohérence entre les paroles et les actes. ("If you talk the talk, you should walk the walk".) Avec Bush, il y a souvent une absence de cohérence entre les paroles elles-mêmes.
J'étais parti pour dire du bien de Bush, et je me retrouve à le critiquer... Alors voici, un des extraits où on a envie de le croire : "Les actes que le monde verra montreront la France et les États-Unis faisant cause commune pour la liberté. La France est un grand pays. Manifestement, les Américains se sont inquiétés de la décision prise par la France à propos de l'Irak, mais cela n'empêche pas qu'il y ait toujours beaucoup d'affection pour la France et la culture française."

18.2.05

À la demande générale...

Après dix mois d'interruption, le blogue Stanger in a Strange Land est de retour sur les rails.
Bush est toujours Président, Rumsfeld dirige toujours le Pentagone, Scott McClellan continue ses briefings pour ne rien dire, l'Irak ressemble toujours à un bourbier, on ne sait toujours pas qui a balancé Valerie Plame, les Frenchies n'ont toujours pas la côte (même si cela s'améliore)... Bref, rien de bien neuf.
Alors, pourquoi reprendre ce blogue ?
Pour ne plus avoir à répondre "je ne sais pas", à tous ceux qui me demandaient : "Quand est-ce que tu reprends ton blogue ?"
Mais pourquoi l'avoir délaissé aussi longtemps ?
Tout d'abord pour des raisons de surcharge de travail pendant quelques mois - voici les responsables. Ensuite parce que la vie sans blogue, cela ressemblait un peu à des vacances. Enfin, parce que tout le monde s'y était mis durant la campagne électorale et que, n'étant pas salarié, mes activités blogueuses ne payaient pas le loyer.
Rien n'a changé, donc. Alors, pourquoi reprendre - j'insiste ?
Parce qu'on ne peut pas rester en vacances éternellement. Parce que la période est calme au niveau actualité. Parce que j'ai enfin compris comment faire marcher un logiciel de blogue, ce qui m'évite les manipulations artisanales de la version 1.0. Parce que je ne souhaite pas laisser le terrain libre à mes petits camarades de Libé, du Monde ou du Figaro. Parce que j'ai un nouveau projet de livre en cours et besoin de réfléchir à voix haute (c'est essentiellement cela un blogue). Parce que la demande populaire pour un retour de Stranger in a Strange Land était trop forte...

Bienvenue donc dans la version 2.0 - moins originale bien sûr parce que ma webmestre préférée ne s'en est pas occupé mais plus facile à gérer et plus interactive (les commentaires sont les bienvenus).