24.2.05

Pourquoi vouloir réduire la fracture transatlantique ?

Voilà, j’ai été grillé !
Alors que je bricolais tranquillement dans mon coin cette nouvelle version de mon blogue en me demandant « Should I Stay or Should I Go ? », et que je n’en avais pas encore fait la publicité, mes petits camarades Guillemette et Pascal m’ont débusqué et m’ont donc contraint à replonger dans le bain. Pas moyen de bloguer en silence...

Ce matin, dans le Washington Post, un article intéressant qui développe l’idée que je défends depuis quelque temps : une autonomisation progressive des Etats-Unis et de l’Europe. Pour résumer : depuis la chute du Mur de Berlin, les Américains se recentrent sur eux-mêmes – ils n’ont plus à se préoccuper de défendre l’Europe contre la menace soviétique - et les Européens sur la construction européenne.
Durant l’ère Clinton et Bush-père, cet éloignement avait été masqué grâce à un discours très internationaliste des deux Présidents américains. Avec « W », qui est fier de son provincialisme et de l’« America First », ce sont les intérêts américains qui priment. Condi Rice avait défendu cela dès 2000 dans un article un peu oublié de Foreign Affairs. Quant aux Néo-conservateurs, ils sont de farouches défenseurs des intérêts des Etats-Unis (et d’Israël). La conquête de l’Irak ou la réorganisation du Proche-Orient servent le but de mettre l’Amérique à l’abri des terroristes et des régimes dangereux.
Quant aux Européens, il est évident que leurs préoccupations sont davantage centrées sur comment faire fonctionner la machine européenne à 25 ?, comment s’intégrer sans se désintégrer ?, etc. plutôt que de continuer à chercher l’appui et l’appoint des Etats-Unis. Même la Grande Bretagne semble parfois plus intéressée par ce qui se trame à Bruxelles qu’à Washington.
S’il y a une fracture transatlantique, elle est là et elle est se produit naturellement. Pas encore tout à fait assumée (on a vu les grands discours sur l’amitié et le lien transatlantique lors du passage de Bush), mais sans que personne n’ait tout à fait envie de vouloir vraiment la réduire.

4 Comments:

Blogger skyrl said...

euh... Sommes nous d'accord que la Grande Bretagne et son Common Wealth partagent bien davantage avec les USA qu'avec l'Europe. Sur le plan scientifique et militaire, mais aussi industriel et plus particulièrement: d'espionnage industriel. Le partenariat qui lie la GB et les USA est stratégique. A ce titre, ce sont les partenaires N°1 des USA.

Les gesticulations actuelles des gouvernements et idéologues style néocons ne changent rien à la donne qui s'est instaurée depuis Eisenhower et de façon générale, depuis le plan marshall. Chercher des inflexions dans les politiques internationales seraient comme chercher le sens de la destination à chaque revirement d'une route qui va d'un point A à un point B: de Panama à Flagstaf, comme de Stalingrad à Tchernobyl, ou de la Corse à Waterloo...

Personne ne veut réduire la fracture transatlantique. Elle est installée et se creuse un peu plus chaque jour depuis 50 ans. Le numéro auquel se livre W2 est uniquement là pour améliorer sa popularité aux USA, qu'il a besoin de regaillardire avant ce qui va arriver cet été...

24/2/05 13:47  
Anonymous Umengus said...

Hi!

Très content de vous retrouvez! vous étiez le premier à bloguer (intelligemment) sur l'élection US, bien avant tous les autres... Vous étiez le précurseur!

Sinon je ne partage pas votre opinion sur l'autonomisation des USA de l'Europe et inversément. D'abord parce que quoiqu'on en dise, les USA et les européens ont bien plus de choses en commun que de choses qui les séparent: nous faisons d'ailleurs partie d'une meme civilisation, en proie à des menaces qui persistent: citons la Corée du Nord (c'est tout bonnement incroyable le vocabulaire que ce pays utilise vis à vis des States. Et c'est tout aussi incroyable de n'observer qu'une réaction mineure des américains vis à vis de ce pays qui essaye d'acquérir la bombe nucléaire. C'est pour ce genre de pays que le terme "action préventive" a été inventé...), l'Iran (idem que la corée du nord. Il va bien falloir un jour aller leur régler leur compte car ce serra eux ou nous), Al Quaeda & co.

Plus que jamais, l'heure est à l'union et pas au conflit et j'ai l'impression que cela a été plus ou moins compris par Bush et Chirac (en tous cas en apparence).

Ceci dit et parallèlement, la construction européenne doit se poursuive mais c'est pour l'instant très mal barré: je propose dès lors une désintégration (un gros clash, par exemple un "non" français au référendum) pour ensuite reconstruire l'europe (sans les chevaux de troie américains) intelligement (est ce bien normal que plus de 70% de la législation proviennent d'un lieu de décision sur lequel les Français (et autres) ont peu de prise?).

L'Europe telle que je la reve est une Europe qui sera capable de réaliser ce que les états seuls ne peuvent plus faire et elle sera aussi un lieu d'harmonisation économique et surtout social. Je plaide dès lors pour un souverainisme européen (mais pas en opposition avec les States) mais ca c'est une autre histoire...

25/2/05 17:18  
Blogger Raphael said...

C'est marrant, je pense exactement le contraire. C'est peut être le fait de ne pas habiter du même côté de l'Atlantique qui fausse les perspectives.

J'ai l'impression que c'était la pensée américaine post guerre froide que la relation atlantique n'avait plus lieu d'être et que le temps était à l'autonomie des continents.
Je dirais que l'aventure irakienne est venue illuster les limites de cette opinion. Partir tout seul en guerre n'est pas une partie de plaisir, même pour l'US Army.

Mais je pense que l'Irak n'est qu'un épiphénomène car les combats à venir se dessinent à peine et ils seront principalement économiques : montée économique de la Chine et de l'Inde, question des subventions agricoles, transferts de technologies, migrations, etc. Quand on regarde le monde sous cet angle on se rend compte que l'Europe et les USA sont assez proches et ont les mêmes intérêts. L'actionnariat des entreprises tant européennes qu'américaines est à très grande majorité (pour ne pas dire la quasi totalité) commun. Sur les questions agricoles et globalement sur la montée économique du reste du monde, les positions de l'Europe et des USA sont proches : tout faire pour la freiner.

Les USA dont le marché intérieur absorbait la quasi totalité de sa production il y a encore 20 ans, ne sont plus dans la même situation aujourd'hui. L'Europe est le débouché naturel des Etats-Unis et de ce point de vue là, la fracture transatlantique a plutôt tendance à se réduire qu'à s'aggraver.

27/2/05 07:16  
Anonymous Jacques Adam said...

Je fais certains constats de la même manière que rephaêl mais pour arriver à la même conclusion que vous...
La montée de la Chine et de l'Inde vont modifier profondément les relations internationales. Et les USa et l'Europe vont immanquablement se "friter" pour être le partenaire privilégié de cette zone. Rien n'est joué en Asie.

Et je rêve d'un axe Chine Europe avec une Chine qui aurait résolu ses problèmes de démocratisation. En espérant que ces chinois "démocratiques" seraient moins fous que les néocons américains...

27/2/05 12:26  

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