1.3.05

Pour une fois, oublions l'hypocrisie

Le plus irritant dans la politique étrangère américaine, c’est son hypocrisie. Mais essayons, pour une fois, pour un jour, d’oublier que, de leur soutien aux dictateurs sud-américains jusqu’à leur appui présent aux autocrates saoudiens ou pakistanais, les Etats-Unis sont coutumiers d’un double langage de promotion de la démocratie et de préservation des tyrannies quand cela les arrange. Essayons d’oublier, pour examiner ce qui se passe en ce moment et se poser la question : aurait-on sous-estimé Bush et son discours sur la démocratie ?
Les élections en Palestine, les élections en Irak, la volte-face d’Hosni Moubarak et le réveil citoyen au Liban. Quatre événements récents et successifs qui vont dans le sens d’une plus grande ouverture au Proche-Orient.
Les élections en Palestine. Bien entendu, de précédentes élections avaient eu lieu en 1996, mais celles de janvier dernier ont véritablement été marquées par une situation de concurrence et de débat – le principal challenger Mustapha Bargouti est arrivé en seconde position avec 20% des suffrages. Bush avait fait son choix il y a longtemps : marginaliser Arafat pour provoquer l’émergence de nouveaux leaders palestiniens. C’est ce qui s’est produit.
Les élections en Irak. Après avoir refusé des élections rapides, Bush s’y est résolu et en a fait un symbole pour les Irakiens. On peut demeurer pessimiste sur la situation irakienne, mais on ne peut que se réjouir du message délivré par ce scrutin : voter (c’est-à-dire ne pas se résoudre à la tyrannie) demande du courage, mais cela renforce la fierté individuelle et nationale. Al-Jazira a retransmis, les Arabes ont regardé. À suivre.
La volte-face d’Hosni Moubarak. Depuis plus de vingt ans qu’il se présentait seul devant ses électeurs l’autocrate égyptien a accepté de se mesurer à d’autres candidats. Il faut bien sûr attendre de voir si cette réforme ne sera pas diluée dans l’eau du Nil, mais cette pirouette inespérée provoque au moins un mouvement d’air frais dans la région. L’Egypte étant le second bénéficiaire de l’aide directe américaine (après Israël), il est difficile de penser que les Etats-Unis n’ont pas appliqué quelques pressions pas très amicales sur le raïs pour aboutir à cette décision.
Le réveil citoyen au Liban. Les Etats-Unis ne sont pour rien dans ce qui se passe actuellement au Liban, mais grâce aux paroles de Bush et à la mise en garde de la Maison Blanche à la Syrie (survenue dans les minutes suivant l’assassinat d’Hariri), les Libanais se sentent indirectement soutenus. L’exemple ukrainien (dans lequel les Américains avaient joué un rôle), leur sert aussi d’appui.
bush_chirac
L’aspect le plus attirant de l’idéologie des néo-conservateurs a toujours été pour moi cette foi dans le pouvoir transformateur de la démocratie et de la liberté. Certains des néo-cons, comme Wolfowitz, sont véritablement des utopistes qui ont toujours souhaité le renversement de Saddam Hussein pour se débarrasser d’un tyran néfaste pour la région. Et si l’on écoute le discours de Bush (en oubliant les éléments d’hypocrisie, je le répète), il est indéniable que cette exaltation de la démocratie et de la liberté, même naïve, peut susciter l’enthousiasme. Lors de l’enquête pour notre livre « Chirac contre Bush », nous avons rencontré plusieurs personnes qui nous ont expliqué que, fondamentalement, Chirac ne croyait pas que la démocratie était faite pour tous les peuples et qu’il ne fallait pas les précipiter sur ce chemin. Autrement dit, un discours « différentialiste » et sans aucun doute paternaliste (certains diraient colonialiste) à l’opposé du discours universaliste de Bush.
Je pensais à cela l’autre jour lorsque j’ai vu des images de Libanais dans la rue qui demandaient une intervention des Etats-Unis (une minorité sans doute, mais certains le pensent), ou lorsque des Togolais mettaient en garde les citoyens français contre des représailles (parce que la France a soutenu Eyadema, comme tous les autres despotes africains). Bush perçu comme un modèle au Proche-Orient, Chirac comme un repoussoir en Afrique ? Évidemment tout cela est très réducteur, mais je crois que cela vaut le coup, surtout pour nous Français, de se demander si à force de cynisme et de réalisme, nous n’avons pas oublié la puissance de la naïveté et des proclamations enflammées. Autrement dit : avons-nous sous-estimé Bush ?

14 Comments:

Blogger fleurieu said...

Je suis également fasciné par les récents développements au Moyen Orient. Les nouvelles sont contrastés entre le développement du terrorisme meurtrier en Irak et les espoirs de paix et de démocratie en Palestine, au Liban, en Arable Saoudite et en Egypte. Difficile, toutefois, de déceler le/un fil conducteur...

Je me demande parfois, comme toi, si Bush n'avait pas finalement raison, en faisant preuve d'enthousiasme et de courage politique (voir même de leadership) ?

Sa stratégie plus belliciste et idéaliste est peut-être un bon complément de l'approche européenne plus pragmatique et diplomatique (i.e. cynique?). Nous aurions donc besoin l'un de l'autre...

D'un autre côté, les récents développements peuvent aussi être le fruit de l’accélération des évolutions nationales grâce à des chocs internes (mort d'Arafat, vieillissement de Moubarak et question de sa succession, assassinat de Hariri) et au progrès irréversible de l'histoire. Dans cette logique, la guerre en Irak n'est peut-être pas un facteur explicatif. Elle serait au mieux juste un fait corrélé, au pire, un enchaînement de faits qui vient empirer le cours des choses en instaurant le chaos et le désordre en Irak. Il est certainement difficile de juger aussi prématurément.

Il est incontestable, néanmoins, que le 30 janvier 2005 en Irak a changé mon approche du problème irakien.

Au final, comme le disait Condi Rice à Sciences Po, le combat pour la démocratie ne devrait-il pas rassembler les Etats-Unis et l'Europe ? Ne devrions-nous pas retrouver un peu d’enthousiasme et d’idéalisme ?

Mais la guerre est-elle alors le moyen le plus efficace de promouvoir la démocratie? Le succès démocratique de l’Afghanistan et de l’Irak peuvent-ils justifier Guantanamo et Abu Graib ?

Par ailleurs, quand on regarde les exemples Chiliens, sud-africains, Ukrainiens, Georgiens ou Serbes, on se demande si la révolution nationale pacifique n'est pas la meilleure transition vers la démocratie ? Les Irakiens ne pouvaient-ils pas renverser leur gouvernement eux-mêmes ? Les Indonésiens l’ont bien fait pendant les années 1990. N’aurions-nous pas pu les encourager et les soutenir sans intervenir directement ?

Je vous invite également à lire l’article de Justin Vaisse, qui réagit intelligemment à l’invitation de Mme Rice en posant de bonnes questions.
http://vaisse.net/BiblioJustin/Tribunes/BiblioJustin-Condoleezza_et_la_democratie-11fev2005.htm

1/3/05 18:32  
Blogger Raphael said...

Les exemples serbes et ukrainiens montrent que les USA n'ont pas ménagé leur peine pour aider les opposants locaux à gagner les élections.
L'oncle Sam ne passe pas son temps à sortir ses marines.

2/3/05 03:43  
Anonymous Gregoire Dronnikov said...

Pour repondre a thomas et fleurieu, je dirais que je n'ai pas connaissance d'une revolution non programmee de l'exterieur : pensons au fourgon blinde par le kaiser emmenant lenine vers petrograd en 1917.
Nous ne sommes pas encore murs pour des Evolutions mais seulement des revolutions pour reprendre l'idée de Soljenitsyne. Comment peut-on d'ailleurs parler d'evolution democratique quand l'argent des oranges ukrainiens vient directement des caisses des republicains nord-americains ?
Le grand jeu de la diplomatie semble en passe d'etre gagné par Bush et ses acolytes. On peut voir les derniers evenements au moyen-orient comme un baroud d'honneur d'une dictature (la syrie) contre les agissements des démocraties (imperialistes, somme toute ?)

2/3/05 04:39  
Blogger skyrl said...

Pour éclaircir le débat d'une idéologie douteuse, Il faudrait arrêter de considérer la démocratie pour une idéologie, mais la prendre telle qu'elle est appliquée par ceux qu'ils l'enseignent (USA, France...). Telle qu'elle est appliquée, la démocratie n'a rien de plus méritoire que des régimes autocratiques. Nous mentons, manipulons, utilisons; torturons, et faisons vivre les foules avec un degré au moins égal d'inhumanité. Les puissants et leur cercle, ici comme ailleurs, vivent au dessus de la masse bêlante.

Pour le coup, penser le contraire, et dire que la démocratie prévaut sur tout autre modèle, est véritablement du colonialisme.

L'emploi de la sémantique de l'émerveillement (enthousiasme, naïveté...) est totalement déplacé. Oui, il n'y a que des révolutions. Et ce qui se passe actuellement au proche-orient change certainement la donne, et oui, les américains marquent des points. Mais cela ne va en rien dans le bon sens, cela provoque la mort, la souffrance et le déchirement. Il y aura un prix à ces révolutions. Peut-être, pour reprendre Gregoire, cela nous rapportera-t-il à terme une véritable Evolution.

Mais la fin n'en vaut pas les moyens. Jamais.

2/3/05 08:19  
Blogger Raphael said...

C'est sympa les discours cynique mais globalement je pense qu'il vaut mieux être ouvrier en France qu'ouvrier en Chine avec comme seul droit celui de fermer sa gueule.

Je ne suis pas particulièrement enthousiaste des moeurs de nos dirigeants qui sont allés bouffer du kanak pour se faire élire ou qui détournent l'argent des grands groupes publics mais je pense que notre forme d'organisation politique limite les abus. On dira ce qu'on veut des USA mais Abu Graib a fait la une des journeaux et personne n'a été censuré pour en parler. La parole a été donné aux électeurs, ils ont choisi George Bush, c'est leur choix mais on ne pourra pas dire qu'ils ne savaient pas.

2/3/05 08:46  
Anonymous Anonyme said...

En comparant la situation d'un ouvrier français avec celle d'un chinois, je pense qu'on compare un pays (la France) qui a pu dominer un autre (la Chine) sur un plan économique dans un contexte mondial où le capitalisme gagne. La situation d'un ouvrier français est donc meilleure parce que celle de son homologue chinois est médiocre.

Sur le plan des libertés, c'est autre chose, le chinois, on l'empêche de difuser ses opinions, le français, on le laisse faire, cela n'aura aucun impact sur la situation.

2/3/05 09:14  
Blogger skyrl said...

raphael, tu as le droit d'y croire. Mais pour un Abu Graib, combien de choses qui croupissent dans les bas-fonds de notre démocratie? Combien de gens internés, de SDF, de familles dans la misère, de souffrances psychologiques liées à la numérisation, la bancarisation, la fonctionnalisation de l'être humain? Je ne sais pas si notre situation est plus enviable, vraiment pas. Un système qui limite les abus? Non, il limite le sentiment de se faire abuser. Il parvient à protéger l'espoir dont le peuple a besoin pour ne pas se rebeller contre ceux qui tiennent le septre.

2/3/05 12:32  
Blogger Raphael said...

On parlait démocratie maintenant on parle capitalisme. Je n'ai jamais dis que les deux allait ensemble, et l'histoire prouve dans les deux ses que les choses ne sont pas liés.

Je n'ai pas peur de maintenir ce que je dis. Je trouve même que c'est méprisant d'oser dire que nous, les grands profiteurs du système économique mondial, sont bien à plaindre. S'il y a des ouvriers chinois qui lisaient ce blog ils se marreraient bien de découvrir ce genre d'interrogation existentielle. Bien sûr que notre société n'est pas parfaite, bien sûr que nous sommes de plus en plus fliqués et matraqués par le marketing, les inégalités existent toujours et ne vont pas disparaître mais il ne faut pas déconner non plus. Quand on a un cancer on a un système de soins qui tiens la route, quand on perd son boulot, on a le chômage, le RMI. C'est pas la joie mais on peut survivre avec.

2/3/05 15:26  
Anonymous gimik said...

Salut Skyrl.
Chacun a quand même la possiblité dans nos démocraties d'entrer en politique, de créer un parti, un syndicat...de devenir acteur en même temps qu'électeur s'il est insatisfait de la société dans laquelle il vit et qu'il veut essayer de la faire bouger dans un sens ou dans un autre. On parle rarement de la liberté d'association. Ok, ce ne sera pas sans difficultés...! Et je suis peut-être un peu naïf! ;)
Pour Thomas, votre post donne vraiment à réfléchir. L'histoire semble aller dans un certain sens incarné récemment par Gorbatchev, Mandela... Vouloir l'accélérer par la force ne risque-t-il pas de provoquer l'inverse du but recherché dans certaines régions. Qui peut dire où en sera l'Irak dans un an? Or l'avenir de la stratégie américaine au Moyen Orient ne repose-t-elle pas sur cette simple question: si un gouvernement Irakien légitime demande le retrait des Américains, est-ce que ceux-ci se retireront dans tous les cas de figure, ainsi qu'ils l'exigent aujourd'hui à juste titre de la Syrie?
Un sondage US:
"Fifty-eight percent also felt they did not share the same foreign policy priorities as the president: 59 percent said the US should not try to change dictatorships to democracies and stay out of other countries' affairs."
http://news.yahoo.com/news?tmpl=story&u=/afp/20050303/ts_alt_afp/usbushpoll_050303143816

3/3/05 11:21  
Anonymous Jacques Adam said...

Dommage d'arriver si tard dans la discussion. En cliquant sur comments, j'avais deux ou trois idées fortes (selon moi) à développer. Mais je me rends compte qu'elles ont été reprises et combien brillamment par fleurieu, grégoire, skryl, gimik... bien sur je ne suis pas à 100% d'accord avec tous les arguments avancés (puisque certains se contredisent...)mais mon "désaccord" (ma perception un peu différente) sur certains points n'est pas suffisant pour nécessiter de longs développements.
La prochaine fois il faudra que j'arrive plus tôt dans la discussion.
Cela vole haut sur ce blog, semble-t-il ;-)

Ah, quant même un fait qui n'a pas été repris : Les Américains ont dédcidé de nommer les évènements libanais en parlant de "révolution de cèdre". Voila un pays (les USA) qui se permet de donner un nom générique au mouvement libérateur enclenché par une population... Si ce n'est pas de la propagande, de la récupération de se permettre de nommer ainsi le mouvement d'un peuple qui a à nommer lui-même, s'il le juge nécessaire, les évènements auxquels il a participé...

5/3/05 10:37  
Blogger skyrl said...

Je ne sais pas si l'on reviendra à cette discussion. Personnellement, par rapport aux arguments de raphael, je ne parviens pas à développer une réponse argumentée qui tiendrait le choc. Les choses sont pourtant claires pour moi, et je maintiens mes propos. Les démocraties, par l'immense imposture qu'il y a vis à vis du peuple - lui faire croire qu'il a du pouvoir et des libertés, sont l'instrument idéal d'un groupe réduit de personnes extrêmement puissantes qui dessinnent le monde comme elles le souhaite. Idéologiquement, la démocratie n'est pas plus nocive que ne l'est le communisme. Associé au capitalisme, elle donne des catastrophes car elle ruine la fraternité entre les personnes, les peuples, cloisonnent les individus dans la peur, la jalousie et la concurrence.

Certains ont déjà débrayés leur cerveau en posant une petite étiquette "gaucho" ou "humaniste" sur mes propos. Le problème aussi est là. En France, la puissance et le règne de la pensée cartésienne, qui abolis toute pensée non structurée sur le principe de causalité, doute, arguments et conclusions. C'est un principe arborescent permettant d'éliminer toute chose n'appartenant pas au dogme: la somme des axiomes imposés, et bien sûr tous les raccourcis que notre esprit a construit pour gagner du temps et supposément, de la puissance de réflexion.

Je crois que nous vivons des heures graves. Celles qui sont cencés êtres les lumières du monde, les démocraties, ont données un chèque en blanc à quelques fous qui sont en train de répeter l'histoire. Lisez les discours du sénateur Byrd, doyen du Sénat. Merci de ne pas me caser comme "lecteur de Thierry Meyssan", je ne suis pas abonné. Nous pauvres malheureux qui devriont être heureux de notre sort de singe malins mais irréflechis, devriont nous enorgueillir de notre avancée sur le bon sens, l'éveil spirituel, la qualité de rapport humain, la solidarité qu'il existe dans beaucoup de non-démocraties ?

Pourquoi? Pour nos petites libertés-papiers? Le droit de s'associer? Les petits billets? Une puce et une éducation, mon fils? Je ne sais pas, si nous méritons de reconnaître une "chance" si manifestement mal utilisée.

J'aimerai écrire ce message autrement que de façon pamphlétaire, et reprendre argument par argument, mais très humainement, je crois que la vérité s'obtient parfois bien davantage par l'observation, le témoignage et la foi que par la raison. Et je ne suis pas le seul à observer, écouter l'état du monde. Et pourtant croire en l'homme, cet homme loin des prisons dans lesquelles nous enferme le saint-graal orgueilleux de la pensée, qui a pris place sur l'Amour.

16/3/05 09:12  
Blogger JCD said...

"Le plus irritant dans la politique étrangère française, c’est son hypocrisie". Mais essayons, pour une fois, pour un jour, d’oublier que, de leur soutien aux dictateurs (REMPLIR LE BLANC) jusqu’à leur appui présent aux autocrates (IDEM), la France est coutumière d’un double langage de promotion de la démocratie et de préservation des tyrannies quand cela l'arrange."

Je découvre ce texte seulement maintenant et j'y souscris totalement, sauf pour les 2 premières phrases parce qu'on aurait pu les réécrire sans rien changer pour cet autre "impérialisme de l'universel" (Bourdieu) que nous connaissons bien, alias "la Patrie (largement auto-proclamée) des Droits de l'Homme (sic) ...

En tout cas, bienvenue au club de ceux (peu nombreux, il est vrai, mais depuis quand le nombre est une garantie de... quoi que ce soit ?) qui, comme un Murawiec par exemple, ont depuis le début voulu comprendre qu'après le 11/9 et nonobstant les inévitables contingences stratégiques ici ou là, la politique américaine avait effectivement et tout simplement... CHANGÉ !

2/4/05 02:39  
Anonymous michel said...

Sur le blog de Thomas Cantaloube (http://cantaloube.blogspot.com/
) 2 papiers très intéressants : 11.3.05 Utopistes et frileux ( http://cantaloube.blogspot.com/2005/03/utopistes-et-frileux.html ) et 1.3.05 Pour une fois, oublions l'hypocrisie ( http://cantaloube.blogspot.com/2005/03/pour-une-fois-oublions-lhypocrisie.html ).

Ces articles illustrent la gène que je ressens face à la politique de mon pays. Au nom des droits de l’homme de la justice et du droit, nous pratiquons la défense du statut quo, la real Politick de Kissiger, ou la doctrine Eisenhower que décrit si bien Murawiec ( http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/ ). En face de nous, Bush et les néo-cons pratiquent une politique bien plus interventionniste, qui est à la fois idéaliste utopique et dangereuse.

Il y a donc une inversion totale entre la perception que nous avons de Bush (et nous même), et la réalité. Nous accusons les US cynisme, alors que Bush serait plutôt un idéaliste, un « Born Again ». Nous avons la morale pour nous, car nous sommes la patrie des droits de l’homme, alors que nous défendons nos intérêts de façon totalement cynique.

De débat entre les dangers de l’activisme idéaliste, et les nécessaires contraintes de la réalité, s’en trouve faussé.
Il y a me semble-t-il ici une triple hypocrisie. Il y a l’hypocrisie de nos responsables politiques, qui au nom du droit défendent cyniquement nos intérêts. Il y a l’hypocrisie des médias qui sont au courant, mais qui ne donnent pas aux citoyens que nous sommes une image juste de la politique que nous menons. Nous citoyens enfin sommes hypocrites, car nous ne voulons pas voir ce que l’on évite de trop nous monter.

Nous avons été des centaines de milliers à défiler contre la guerre en Irak aux cris de « No Blood for Oil », alors qu’en même temps, la réflexion et la lecture des bons journaux (Voir le papier de Pascal Riché http://www.liberation.fr/page.php?Article=84563 cité par JCD Rédigé par: jc durbant | mars 20, 2005 09:07 AM dans le blog « Le démon des dominos http://usa.blogs.liberation.fr/2005/03/le_dmon_des_dom_1.html ) montrait à tout esprit censé et de bonne foi que Bush intervenait en Irak pour milles mauvaises ou bonnes raisons (là n’est pas la question ici), mais en tout cas pas pour s’emparer du pétrole Irakien au profit des compagnies pétrolières américaines (il ne l’a d’ailleurs pas fait). Nos responsables politiques, et nos médias nous ont mentis car ils ne nous ont pas dit que ces slogans n’avaient aucun sens (et nous nous sommes également mentis à nous même en faisant semblant d’y croire) .

Tout cela serait de peu d’importance si cette hypocrisie était sans conséquence, mais ce n’est pas le cas. Comme je l’ai découvert en lisant le blog « Grabuge à l’ONU » ( http://usa.blogs.liberation.fr/2005/03/grabuge_lonu.html#c4715373 ), l’intervention internationale au Darfour à été bloquée pendant au moins deux mois (voir http://www.liberation.fr/page.php?Article=286841)
et sans doute beaucoup plus par un conflit juridique subtil entre la France et les Etats Unis au sujet du rôle du tribunal International (le TPI). Et pendant ce temps, 300 à 500 innocents mourraient (et continuent à mourir) chaque jour au Darfour .

Messieurs les journalistes, parlez, expliquez soyez pédagogues et dénoncez ces hypocrisies. Nous ne sommes pas des pommes, ni des débiles. Nous sommes assez grand pour choisir une juste voie entre l’idéalisme aventureux de Bush, et la Real Politick de Kissiger. Encore faut il que le débat ne soit pas biaisé.

3/4/05 15:31  
Anonymous David Rosen. Paris 20ème said...

Ce bel optimisme ne prend que si l'on oublie ou feind d'oublier que les élites, politiques comme économiques, américaines ont toujours considéré la démocratie, chez eux mais surtout chez leurs clients potentiels c'est-à-dire le reste du monde, avant tout comme le meilleur moyen de faire de l'argent. C'est valable en tant que moteur dans toutes les grandes interventions américaines, que les neo-conservateurs essayent cependant de nous vendre comme des prurits philanthropiques revélateurs de la nature "foncièrement bonne" de l'Amérique. C'est là tout le fondement de la démarche d'Irving Kristol d'ailleurs, père de William et du Néo-conservatisme: créer après les années VietNam une version hyper puissante du "vous n'avez pas le monopole du coeur" et quitter les oripeaux des bad-guys de droites pour ajouter des "valeurs" et de "l'éthique" au conservatisme classic et ce jusqu'à en revendiquer le monopole aujourd'hui. Par exemple, les néos-cons adorent répeter que la France n'est venue au secours de la révolution américaine QUE pour "emmerder" les anglais tandis que l'Amérique par contre ne s'est lancées dans la WWII (Pearl Harbour? ring something?) par philanthropie, amour de la démocracie et pour venir en aide aux juifs victimes de la Shoah. Le discour néo-cons se résumant assez bien à "USA=good/valeurs morales forever, France=caca, cynisme/égoïsme forever".
Noubliez pas trop vite la manière avec laquelle les américains ont "gerée" la reconstruction de l'Iraq (les contracts, tout ça...). Cette manière est au combien éclairante.

Pour faire simple je dirais "désolé mais ça ne prend pas. It's the business, Stupid." Mais en vous lisant je me dis quand même qu'ils sont diablement forts les vaches. Même sur des français ça peut marcher. ;)

20/4/05 16:34  

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