20.3.05

Qui a peur du grand méchant loup ?

La probable nomination de Paul Wolfowitz, jusqu’ici numéro 2 du Pentagone, à la tête de la Banque Mondiale est le sujet d’intérêt majeur à Washington en ce moment. Hier, en allant faire de l’escalade sur les bords du Potomac, j’entendais des grimpeurs s’interroger sur le sens de cette décision entre deux ascension. C’est dire…wolfowitz
Il est évident que la décision de Bush est parfaitement cohérente avec sa pratique de la politique. Primo, il ne s’appuie que sur des fidèles, dont la compétence pour le poste est moins importante que leur loyauté à son égard. Exemple : la récente promotion de Karen Hughes, la Madame propagande de Bush, au département d’Etat. Aucune expérience diplomatique, aucune connaissance du reste du monde et, selon David Frum, néo-conservateur de choc, « un mépris complet à l’égard de toute idée nouvelle » (je paraphrase de mémoire). Secundo, il n’oublie jamais de donner des gages à sa base ultraconservatrice et religieuse. Exemple : l’envoi de John Bolton comme ambassadeur à l’ONU, un homme qui n’a que mépris (haine ?) pour cette institution mais qui est adoré par les « think tanks » paléo-cons et néo-cons. Tertio : Bush ne sanctionne jamais personne pour incompétence, du moment qu’ils ferment leur clapet. Exemple : la Medal of Freedom accordée – le même jour - au trio George Tenet, Paul Bremer et Tommy Franks. Le premier, à la tête de la CIA a assuré qu’il y avait des ADM en Irak (« It's a slam dunk », c’est imparable). Le second a régenté l’Irak « comme un dictateur », selon les propres mots de Bush en privé, et a dissous l’armée irakienne, une décision qui est aujourd’hui considérée comme la pire erreur des Américains. Le troisième, en tant que commandant en chef de l’invasion, est responsable du trop faible nombre de troupes envoyées en Irak pour tenir le pays.
Où se situe Paul Wolfowitz dan ce tableau ?
« Wolfie », est indéniablement un fidèle de la première heure : il faisait partie de l’équipe de campagne de Bush en 2000 comme conseiller pour les affaires internationales aux côté de Condoleeza Rice. Il a commis son lot de bourdes et répété fidèlement les mensonges de l’administration sur les ADM ou le nombres de troupes nécessaires pour sécuriser l’Irak. Il a aussi livré sa propre prédiction, inspirée par son ami Ahmad Chalabi, sur l’accueil qui serait réservé au GI’s américains en Irak : « avec des fleurs ». Quant à sa principale incursion dans les sphères économiques, elle prête aujourd’hui à sourire : Wolfowitz avait assuré que les revenus du pétrole irakien suffiraient à reconstruire le pays…
Tous ces exemples ne laissent présager rien de bon sur sa nomination à la tête de la Banque Mondiale. Et pourtant… Wolfowitz est indéniablement quelqu’un d’intelligent et sa vision néo-conservatrice est beaucoup plus « liberal » que celle de ses compagnons de route. Je souscris assez à l’idée que Wolfowitz est un authentique utopiste, déçu par l’angélisme de la gauche dans les années 70, qui a choisi la droite pour faire avancer ses idées. À la tête de la Banque Mondiale, s’il choisit de se détacher de la Maison Blanche pour promouvoir ses propres convictions en matière d’appui à la démocratie et d’aide au développement comme moyen de lutte contre le fondamentalisme religieux et les tyrannies,, on peu espérer qu’il aura un poste à sa mesure. Le revers de la médaille, selon de nombreuses sources, est que Wolfowitz est quelqu’un d’éminemment désorganisé, peu apte à diriger une vaste bureaucratie. C’est pour cela que le poste de numéro un au Pentagone lui a échappé en 2001 ; l’entourage de Bush craignait qu’il y sème le chaos.
Reste la question de sa confirmation. Les Européens sont-ils prêts à en faire un casus belli ? Il semble que non. Jacques Chirac aurait dit à Bush qu’il n’était pas séduit par cette nomination mais qu’il ne s’y opposerait pas. Ce que veut dire que, contrairement à Bush qui a choisi la provocation, les Européens souhaitent réellement un apaisement avec les Etats-Unis. Je me prends à le regretter, en me demandant si les Européens ne perdent pas ainsi une nouvelle – et belle - occasion de s’affirmer face aux Etats-Unis ? Même si Wolfowitz n’est sans doute pas le grand méchant loup que certains dépeignent, dire non à Bush aurait eu un certain panache.

P.S. Pour ceux que cela amuse (comme moi) : la petite amie de "Wolfie" est une féministe arabe née à Tunis et élevée en Arabie Saoudite.

4 Comments:

Blogger Raphael said...

PS 2 : et on trouve sa photo sur le site de la Banque Mondiale :-)
http://www.worldbank.org/springmeetings/photos041103-mna.htm

21/3/05 17:12  
Blogger fleurieu said...

Je ne pense pas qu'il faille regretter que les Européens ne s'opposent pas plus à la nomination de Wolfowitz.

Le silence des Européens sur Wolfowitz se fait peut-être en contrepartie d'un soutien de Washington à Lamy pour l'OMC. Or, qu'est ce qu'il y a de plus important aujourd'hui l'OMC ou la Banque Mondiale? L'accès au marche des pays riches, le développement des capacités d'exportation, la baisse des barrières entre pays du sud sont plus importants, à mon avis, pour le développement durable des pays pauvres. Donc, avec Lamy à l'OMC, on pourra peut-être faire plus pour le développement des pays pauvres qu'avec un type un peu moins néo-con à la Banque Mondiale.

J'ajouterai que le secrétaire général de l'OCDE est un autre poste à pourvoir très prochainement...

Ensuite, il faut relativiser. La banque mondiale est la banque mondiale et elle n'a jamais été vraiment proche des intérêts/idéaux/projets des Européens. Or, le budget dons/prêts concessionnels de la Banque Mondiale est aussi important que celui de la Commission Européenne (environ 5 milliards d'euros/dollars). Les Européens peuvent donc déjà faire, seuls (sans les Américains), autant que la BM pour le reste du monde.

Enfin, il ne faut pas oublier que le conseil d’administration de la Banque Mondiale doit approuver tous les prêts/dons accordes a chaque pays. Les Européens n'ont pas encore signé un chèque en blanc à Wolfowitz.
N'oublions pas aussi que nous en avons pour 4 ans. Les Européens ont donc un peu intérêt à faire comme les démocrates au Congrès et à ne pas cramer toutes leurs cartouches d'un coup. Ils ont ainsi laisser Gonzales passer au département de la Justice pour s'opposer avec plus de vigueur au projet de réforme de la sécurité sociale. Le pari semble avoir être gagnant, non?

24/3/05 10:22  
Anonymous verasoie at yahoo com said...

Alors, qu'en pensez-vous de la possibilité que la relation de Wolfie avec cette anglaise l'empeche d'assumer la poste de la Banque Mondiale? L'ironie est délicieuse!

26/3/05 04:45  
Anonymous Anonyme said...

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