15.3.05

Touche pas à ma Social Security !

bush_SSSAlors que Bush est en train de récolter assez opportunément les fruits des évolutions au Proche-Orient, au même moment il se prend une claque magistrale sur le plan intérieur. À peine réélu, W a proclamé que la grande ambition du début de son second mandat serait la privatisation partielle du système des retraites (Social Security, en anglais). Il s’y est attelé très vite en jouant les matadors sur le thème : rien ne m’est impossible.
Il faut savoir que la Social Security, mise en place par Roosevelt à la fin des années 30, est considérée comme le « third rail of american politics ». Imaginez une ligne de métro : vous avez deux rails qui servent à guider la rame, et le troisième qui conduit l’électricité. Autrement dit, si on touche au troisième rail, on est bon pour l’électrocution. Bush a décidé d’y aller quand même, et la suite des événements est un cas d’école de déroute politique.
Fidèle à la stratégie qui lui avait réussi sur l’Irak, Bush a commencé à parler de crise de la Social Security : « Si l’on n’agît pas maintenant, notre avenir est menacé », etc. Mais le discours catastrophiste n’a pas pris face à la réalité des chiffres que personne ne conteste. Le fonds qui sert à payer les pensions de retraite engrange davantage de cotisations qu’il n’en débourse, et ce jusqu’en 2018. À partir de cette date, il deviendra déficitaire chaque année, mais le surplus accumulé en ce moment permettra de continuer à payer les pensions sans heurts jusqu’en 2042. Et encore, il s’agit des prévisions pessimistes… Donc, difficile de parler de crise urgentissime qu’il convient de régler immédiatement.
En même temps que Bush agitait cette menace imminente, la Maison Blanche a entrepris une bataille sémantique. Le projet de réforme consistant à divertir une partie des cotisations retraite vers des fonds d’épargne privés, tout le monde s’est mis à parler de comptes (d’épargne) privés. Malheureusement, la Maison Blanche s’est rendu compte que le terme « privé » passait mal dans les sondages auprès du public : un nouveau terme a donc surgi, « les comptes personnels ». Une forte pression a été appliquée sur les médias pour qu’ils adoptent cette appellation, Bush allant même jusqu’à reprendre des journalistes au cours d’une interview pour leur enjoindre d’utiliser « personnels » et non « privés ». Peine perdue. Pour une fois, les médias n’ont pas cédé – il faut dire qu’au mois de septembre dernier, Bush utilisait lui aussi le terme « comptes privés ».
Après avoir perdu ces deux batailles préliminaires, la Maison Blanche a décidé d’attaquer sur le thème : si nous ne faisons rien, le système actuel est condamné à la banqueroute à cause des départs en retraite massifs des baby-boomers. Pas faux, puisque les analystes prévoient effectivement l’insolvabilité en 2042 si rien ne change. Une nouvelle fois hélas, le plan proposé par Bush ne résout pas du tout cette question. Le ministre des Finances John Snow a fini par l’admettre : le passage à un système partiellement privé, avec les emprunts massifs qu’il suppose au démarrage, ne parviendra pas plus à l’équilibre que si l’on ne touche à rien.
socsec2Bilan : Bush se retrouve aujourd’hui à défendre une réforme qui apparaît douteuse à une majorité d’Américains, et d’autant plus douteuse que chaque argument en sa faveur s’est révélée faux ou manipulé. Aujourd’hui, seuls 35% de la population soutient son plan, un chiffre qui ne cesse de plonger au fur et à mesure des semaines. Pendant ce temps, les démocrates n’ont pas eu grand chose à faire sinon se serrer les coudes dans leur opposition au plan du Président. Ils y sont à peu près parvenus, et ce sont maintenant les Républicains qui se débandent. Depuis un mois et demi, Bush effectue des tournées en province régulières pour « vendre » sa réforme. Mais, ce qui était présenté au départ par la Maison Blanche elle-même comme une tactique pour obliger les démocrates à le suivre s’est transformée en opération visant à convaincre les Républicains récalcitrants. Car les représentants, qui se font réélire tous les deux ans, savent bien que, dans un pays où seuls la moitié de la population vote, les plus assidus aux urnes sont les « seniors », ceux qui sont particulièrement opposés à tout chamboulement de la Social Security.
Aujourd’hui, Bush n’a pas encore renoncé. Il a même organisé une « war room » pour vendre l’idée, et lorsqu’on appelle la « Social Security » on tombe sur un disque qui explique que le système est en crise et qu’il convient de le réformer vite. Néanmoins, son projet a du plomb dans l’aile et il semble assez peu probable que les élus républicains rassemblent assez de courage pour voter cette réforme impopulaire.
socsec1Alors, pourquoi Bush et ses alliés s’acharnent-ils ? Par idéologie. Cela fait des années que la droite dure rêve de l’abolition du système public des retraites. Son but n’est pas de réformer la Social Security mais de l’abolir en faveur d’un système purement privé. À qui cela profiterait ? Aux plus riches, bien entendu, qui ont les moyens d’épargner volontairement et de diversifier leurs placements, et aux organismes financiers qui attendent en salivant la manne que représenteraient des comptes d’épargne privés. Et tant pis si la plupart des pays où ce genre de réforme est entré en vigueur (du Chili à la Grande Bretagne) s’en mordent aujourd’hui les doigts – les gouvernants se mordent les doigts, car les retraités, eux, sont obligés de continuer à travailler pour survivre, notamment au Chili. Pourtant, des solutions simples existent pour assurer la solvabilité du système sans privatiser et sans plonger l’économie dans le marasme : une petite augmentation des cotisations, ou encore mieux, un relèvement du plafond des cotisations. Mais pour les idéologues républicains, c’est inacceptable car cela s’apparenterait à une hausse des impôts, donc un tabou. Prendre le risque que des dizaines de millions de personnes touchent une retraite moindre dans un système privé que dans un système public tout en engraissant les banques ne les gêne pas, mais demander que les ménages touchant plus de 90.000 dollars par an paient un peu plus pour assurer la solvabilité d’un système de solidarité nationale est un acte aussi inacceptable que de remettre en cause la virginité de Marie pour les Catholiques. Comprenne qui pourra…
En fait, ce débat me passionne depuis des semaines en dépit du fait que je ne cotise pas à la Social Security et que mes journaux français ne m’ont pris aucun article dessus. Je m’étais dit que si Bush parvenait à faire passer sa réforme, nos libéraux hexagonaux (Madelin, les frères Sarkozy…) surgiraient la bouche en cœur pour proposer la même chose en France, et qu’il valait mieux se tenir sur ses gardes. Maintenant, avec le plan de Bush qui commence à ressembler furieusement au Titanic, je me dis que l’on n’est pas près de proposer la même chose en France. Et c’est tant mieux – sauf pour le plaisir de voir Madelin ou Sarkozy courir dans un mur comme Bush.

11 Comments:

Blogger sylvain said...

justemetn, je n'arrive pas DU TOUT à m'intéresser à ce sujet, alors bravo pour la brillante analyse

15/3/05 15:06  
Anonymous sylvain b said...

C'est limpide ! bravo ! Par conte vous n'avez pas parler de notre réforme parce qu'en France ça bouge. D'abord on dérembourse, ensuite on n'oblige pas les medecin à prescrire des génériques, on laisse le sale boulot(convaincre les gens qui font confiance en leur médecin de prendre autre chose que sa prescription) aux pharmaciens. Enfin les gens devront passer par un medecin traitant, toujours le même pour éviter les exces... ça ne fera qu'une consulation supplementaire pour aller à un controle ORL ou traiter un ongle incarné chez le podologue. Sur ce point les médecins aussi sont méfiants, enfin ceux qui ne votent pas Madelin. Il y aura des insolvables donc des gens qui auront un peu plus de mal que d'autres pour trouver un medecin traitant. Pour finir, on laisse à la charge du patient 1€ en plus de sa cotisation à la sécu et à sa complementaire santé. Rien n'interdit d'augmenter cette participation par la suite, ou même d'inverser la tendance en ne remboursant plus qu'1€ par consultation, ça fait sourire mais ce n'est pas impossible. Bref l'assurance privée sera peut-etre très pratique pour tout ceux qui auront besoin d'autre chose qu'un peu d'aspirine pour guérir.

16/3/05 10:17  
Anonymous Umengus said...

Les démocrates ont intéret à la poursuite du débat sur ce sujet, pour ainsi capitaliser dessus et gagner les élections de 2006, meme si celles-ci sont encore lointaines...

Ce débat prouve aussi que, aux States comme en France, le mot "privé" est plutot un repoussoir.

16/3/05 10:21  
Anonymous Anonyme said...

A la différence de la France, le système de retraites américain a encore de beaux jours devant lui alors que notre système de retraite approche de la banqueroute à vitesse grand V.
La différence est du peut être aussi au fait que chez nous moins de gens cotisent (chômage à 10% par ex).
Juste un dernier commentaire, on ne s'attend pas de la part des USA à être repoussé par le mot privatisation de ce côté ci de l'atlantique.
Alors qu'en France si. Et pourtant les seuls fonds de pension (ou ce qui y ressemblent le plus type PREFON) sont réservés aux seuls fonctionnaires.

16/3/05 11:51  
Blogger Jérôme said...

Exactement, je suis d'accord avec anonymous ci-dessus.
Ce débat est très intéressant pour qui s'intéresse à la société états-unienne.
Voir les américains apeurés par le mot privatisation, c'est quand même un sacré paradoxe !!
Le monde à l'envers, quoi.

Et le plan de Bush est une pure aberration. En plus, il utilise l'argent du contribuable pour vendre ce plan auprès des électeurs, annoncé comme la panacée et qui ne résoud rien du tout en fin de compte.
Trop fort : "votez pour mon super plan... au fait, un détail, il ne sert à rien en fin de compte"

Ceci dit, d'après factcheck.org, ce ne sera pas tant le paradis que ça pour Wall Street :
False Attacks Over "Windfalls" to Wall Street.

Je suis moi-même l'affaire de très près et j'ai écris un compte-rendu, sur mon blog, de la conférence à laquelle j'ai assisté le mois dernier en Pennsylvanie. Donnée par Mr Santorum lui-même, architecte proclamé des comptes d'épargne privés pour la retraite :
Social Security pour les nuls

16/3/05 16:24  
Anonymous Hors Sujet said...

Vous dites à un moment que "Le ministre des Finances John Snow a fini par l’admettre : le passage à un système partiellement privé, avec les emprunts massifs qu’il suppose au démarrage, ne parviendra pas plus à l’équilibre que si l’on ne touche à rien."

Ce sujet m'intérresse beaucoup et je vous serais reconnaissant de me donner un lien où trouver cet entretient avec Snow.

En ce qui concerne le Chili, le bilan est assez mitigé. Le système de retraites privé est en parti responsable de la croissance de l'économie chilienne pendant la décénnie 90 parce qu'il a rendu disponibles dans le marché de capitaux des fonds important.
Par contre, les gens qui sont passés à ce système reçoivent des retraites moindres que ceux qui sont restés dans le système publique, chose qui n'est plus possible aujourd'hui. La raison est que les sociétés qui gèrent ces fonds privés prennent un pourcentage trés important de l'argent que le contribuable pourrait esperer reçevoir. En fait, il sagit d'un impôt privé, puisque tout chilien qui travail est obligé de mettre 10% de son salaire dans un fond de pension.

Ce qui est intéressant est que ce système est copié aujourd'hui par de nombreux pays, dont la Russie, et la Bolivie, ou l'ésperance de vie est inférieure à l'age de retraites pour ces fonds privés.
Justement, ce n'est pas le bolivien qui meure à l'age moyen de son pays qui peut se permettre d'épargner...

16/3/05 22:26  
Anonymous Jacques Adam said...

Pour le bureau des comptes américains (GAO), qui l'exprime dans un rapport résumant les conclusions d'une réunion d'experts : "Contrairement à ce que pense le public, l'assurance santé représente le plus gros défi budgétaire à long terme, alors que celui posé par l'assurance retraite est relativement limité",
Pour rappel, l'assurance santé fédérale se sépare en deux branches: Medicare, pour les personnes âgées, et Medicaid, pour les plus défavorisés.
Extrait d'une dépêche Afp du 02/02/2005
encore visible quelques jours à
http://fr.biz.yahoo.com/050202/202/4921i.html

17/3/05 02:49  
Blogger Thomas said...

En réponse à Hors Sujet,
je n'ai pas retrouvé la citation de John Snow qui remonte à plus d'un mois. Mais Bush lui même a répété l'évidence hier (http://www.chron.com/cs/CDA/ssistory.mpl/politics/3089181) : "Les comptes personnels ne résolvent pas la question (de la solvabilité de la Social Security). Mais ils permettront que les travailleurs obtiennent un meilleur "deal" dans ce qui émergera comme réforme de la Social Security".
D'un certaine manière, Bush revient au coeur idéologique du problème. Les comptes d'épargne privés offrent-ils une meilleure retraite que les systèmes de répartition public ? Les exemples étrangers semblent montrer que non. Par contre, comme l'on dit les démocrates hier, ils offrent une prise de risque certaine. Les comptes privés me font vraiment penser aux retraités qui vont jouer leur pension à Las Vegas - on en trouve beaucoup dans les vieux casinos de dowtown Vegas..

17/3/05 10:26  
Blogger Jérôme said...

Un meilleur "deal"...
Sans chiffrer la réduction de la pension issue du système des retraites par répartition.
Puisque ces comptes d'épargne privés sont supposés dériver presque 40% des cotisations actuelles (4% de 12,4%) à terme, qu'est-ce que le "social security" sera alors capable de fournir si une telle part de ses ressources lui est supprimée ?

Il y a beaucoup de points non éclaircis dans le plan de Bush... Ca doit juste être une habitude de ce gouvernement.

De plus aux USA, j'oserai dire que la question retraite privée/public ne se pose pas.
Nombre d'américains utilisent déjà des investissements privés pour se payer leur retraite d'eux-mêmes. Ceux-là ne voient dans la pension du système actuel qu'un simple bonus. Le pilier de leur retraite viendra de voies privées. Qui parfois sont même cofinancées par l'employeur (genre plan 401K etc...).
Il se peut donc que la meilleure des choses à faire soit de... ne rien faire.
Le système des retraites fonctionne très bien jusqu'en 2042 au pire... et à 70% de ses promesses ensuite. Pas si mal.

Ce que Bush ne dit pas, c'est que cette voie-là suppose de retourner le surplus issu des cotisations vers le paiement effectif des retraites. Pour le moment ce sont des bons du Trésor. Les sortir lui est impossible à cause du surplus de déficit public qui en serait alors généré.
Tout ça pourquoi ?
A cause des remises d'impôts accordées au plus riches des américains qui plombent les rentrées d'argent gouvernementales. C'est ce que j'appelle de la Gestion...

18/3/05 15:35  
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